Nous avons décidé de suivre Alexis tout au long de son périple !

Il y a quelques temps, un fond participatif a été lancé pour aider Alexis à financer son projet. En effet, il a décidé de réaliser un tour de France à la fois pour se reconvertir et pour diffuser le message de la monnaie libre. Une nouvelle vie qu’il veut simple, proche de la nature, composée des relations ouvertes et de confiance.

Je l’ai contacté le 14 mai pour savoir comment il se préparait au départ. Voici retranscrit notre entretien.

 

 

Moi : Bonjour Alexis, comment te sens-tu alors que ton départ est imminent ?

Alexis : Très excité mais plutôt serein et heureux !

Moi : Comment ce nouveau projet de vie a vu le jour ? Quel est ton parcours et comment as-tu pris cette décision de tout lâcher pour ce tour de France ?

Alexis : Cela s’est fait très progressivement et non soudainement. Cela a commencé par le constat que je n’étais pas complètement heureux dans ma vie, il me manquait quelque chose. J’ai exercé en tant qu’ingénieur aéronautique pendant 5 ans dans une société de service et ai travaillé pour des constructeurs sur la conception de logiciels avion. Intellectuellement, j’ai été comblé et humainement, j’ai beaucoup appris sur moi, mon rapport aux autres et la position que je souhaiterai avoir dans la société.

Une grande décision que j’ai prise a été de passer à temps partiel. J’avais besoin de prendre du recul sur ce que je vivais, j’avais besoin de prendre du temps… et j’en ai eu ! J’en ai profité pour lire, m’intéresser aux différents courants alternatifs, participer activement dans des associations citoyennes et humaines. Des sujets tels que le développement durable, l’écologie humaine, la communication non violente, la consommation responsable, les monnaies locales me passionnent. J’étais prêt à gagner moins d’argent pour avoir du temps libre. Toutes ces recherches m’ont naturellement conduit à la monnaie libre et j’en ai progressivement senti le potentiel sur le plan humain. Même si je suis sensible à la théorie de l’effondrement, je rejoins Jacques Lecomtei pour le côté « optiréaliste »et mon objectif est d’y faire face de façon positive et lucide. Aussi, le retour à la terre, la communication non-violente et la monnaie libre sont des moyens qui, à mon sens, nous permettront de faire face sereinement à la crise et de construire une société humaine et juste. Pour cela, l’intégration des agriculteurs et de leur production dans le réseau de monnaie libre permettrait de gagner progressivement une autonomie alimentaire pour les utilisateurs d’un côté et une autonomie financière pour les paysans de l’autre.

Pendant ces dernières années, je remettais en cause les différents pans du mode de vie citadin : l’alimentation, l’énergie, les besoins, les loisirs… et essayais de considérer l’impact écologique et humain des actes quotidiens. L’alimentation a été l’un des éléments déclencheurs de ma transition. En effet, elle joue un rôle vital pour la santé, pour l’économie et pour l’environnement. Pourtant, je trouve qu’elle est peu mise en valeur au quotidien car généralement, on recherche des prix bas pour manger à sa faim sans se soucier réellement de l’origine ni des conséquences derrière. En intégrant une AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), j’ai découvert qu’il était possible de créer un lien direct et solidaire avec les maraîchers locaux et donc de soutenir des personnes et un savoir-faire authentiques. Nous nous faisons tous des représentations de leur mode de vie et de leur production mais nous ignorons concrètement comment ils définissent leur prix, s’ils sont vraiment « bio », s’ils profitent des aides agricoles… Pour approfondir le sujet, je me suis décidé à aller vivre avec eux pour en avoir le cœur net, cela est à l’origine du terme « apprenti paysan ». D’ailleurs, il existe de nombreuses fermes qui accueillent à bras ouverts les volontaires.

Moi : Je comprends mieux ta démarche maintenant. Peux-tu nous donner quelques éléments de la première étape ?

Alexis : Je pars début juin à côté de Montauban chez un maraîcher en polyculture élevage qui, contre mon huile de coude, me logera et m’hébergera pour trois mois. Il produit des légumes pour l’AMAP et des céréales pour ces trois chevaux de trait. Il possède aussi des arbres fruitiers pour l’auto-consommation. Il m’a expliqué que je travaillerai la paille pour commencer ! S’il est possible d’accueillir des curieux, je t’en tiendrai informé !

Moi : Tu t’es donné combien de temps pour ton tour de France ?

Alexis : Deux ans sachant que je souhaite rester au moins un mois par ferme. Je vais également en profiter pour prendre le temps de rencontrer des proches et des monnaie-libristes qui sont éparpillés un peu partout sur le territoire !

Moi : Comment as-tu défini tes étapes ? As-tu recherché des maraîchers dans la France entière pour baliser ton itinéraire ou bien construiras-tu ton parcours au fur et à mesure de ton avancée ?

Alexis : Aujourd’hui, seules les deux premières étapes sont connues : Montauban, puis l’Alsace car ma compagne en est originaire et souhaite y retourner. Étant pacsés, nous pourrons faire valoir le rapprochement de conjoint afin qu’elle puisse enseigner l’année suivante là-bas. Après quelques mois, je poursuivrai le tour en direction de la région parisienne. Je souhaite comprendre et découvrir le monde agricole et alimentaire : fruits et légumes, pain, fromage, élevage d’animaux, transformation de produits… Par conséquent, je construis le parcours en fonction des productions que je n’ai pas encore découvertes, des proches, des utilisateurs de la monnaie libre et surtout des envies. D’ailleurs, j’ai le rêve de passer un hiver en montagne !

Moi : Comment trouves-tu les lieux des étapes ?

Alexis : C’est beaucoup par le bouche à oreille. Par exemple, pour Montauban, je connaissais déjà le maraîcher car je participais à son AMAP depuis plus de deux ans. Ensuite, je vais exploiter les sites de wwoofingii, et même pôle emploi…

Moi : Tout ça, c’est vraiment super, ça fait rêver mais comment vas-tu faire financièrement parlant car d’après ce que je sais, tu as posé ta démission ?

Alexis : Oui, j’ai démissionné le 27 avril. C’est en effet un défi financier mais ça fait partie de l’aventure ! Je vivrai sur mes économies en euros et en junes les premiers temps. J’ai tout de même récolté la somme de 3700 junes pour cette aventure ! Ce montant permettra d’effectuer des échanges et de ne pas trop dépenser d’euros. Et comme j’ai décidé de vivre plus simplement, en mode minimaliste, je pense que ça ne posera pas vraiment de problème d’autant que je cherche vraiment à travailler contre le gîte et le couvert… Il y a nécessairement des charges fixes (assurances, voiture, téléphone, impôts) qui s’élèvent à plus de 200 euros et je chercherai à gagner de l’argent de poche pour équilibrer ces dépenses.

Je veux vivre avec peu, de manière réfléchie. Je veux être conscient et lucide de mes actes et surtout, je veux vivre en paix ! Je veux que ce tour de France me permette de poursuivre ma réflexion déjà entamée et qu’il apporte de nouveaux arguments aux deux questions essentielles que je me suis posées : A quel type de société est-ce que je souhaite contribuer ? Quelles relations humaines est-ce que je veux développer ? Les premières réponses concernent le respect de la nature et de l’humain et la durabilité, évidemment !

Moi : Je te trouve bien courageux car tout plaquer, c’est une décision difficile à prendre ! Je suppose que tu as dû rencontrer des oppositions ?

Alexis : Oui, des incompréhensions évidemment de la part de ma famille. Mais, j’ai le soutien de ma compagne et c’est l’essentiel ! Et puis, je ne vais pas voyager seul, j’ai Booba, mon chien qui me suivra tout le long de mon périple !

Moi : Donc ça y est, tu as donné ton préavis et le 2 juin, tu seras près de Montauban. Je te propose de nous recontacter quand tu seras installé là-bas pour prendre des nouvelles ! Merci d’avoir répondu à mes questions et à très bientôt.

Alexis : Merci Alexia et je serai ravi de partager et de faire état de l’avancement de ma réflexion !

Interview d’Alexis réalisée le 14 mai 2048

Alexia007

iJacques Lecomte, Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !, Les Arènes, 2017

iiWWOOF France – Vivre et apprendre dans des fermes biologiques – https://www.wwoof.fr/